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Auguste T., mystérieux dessinateur anichois durant la Première Guerre mondiale

Publié le par MG

Maison située sur le boulevard national à Aniche détruite en 1916 - Source : Société d'Histoire d'Aniche.

Maison située sur le boulevard national à Aniche détruite en 1916 - Source : Société d'Histoire d'Aniche.

Drôle de visite hier. Un homme résidant à Senlis et préférant resté anonyme s'est présenté chez moi pour me raconter une histoire singulière qu'il m'autorise à diffuser ici à condition de ne pas mentionner le nom de famille et la raison pour laquelle il souhaite le taire. Voici ce qu'il m'a confié, mots pour maux.

 

Mon arrière-grand-père Auguste a vécu à Aniche avant et pendant la Première Guerre mondiale. Il était mineur. Dans ma famille, on évite de parler de lui depuis longtemps à cause de la douleur qu'il nous a léguée. Si je ne l'ai pas connu, c'est parce qu'aujourd'hui encore, personne ne sait ce qu'il est devenu après que sa femme, son petit garçon Léon – mon grand-père – et lui aient quitté leur maison à la fin du mois de septembre 1918 pour se rendre, d'après mon grand-père, en Hollande.

 

Léon raconte qu'un soir, son père est allé braconner pour nourrir sa famille et qu'il n'est jamais rentré. Après des jours de recherches, mon arrière-grand-mère Louise et quelques personnes du village où mes ancêtres s'étaient réfugiés, ont renoncé à poursuivre leurs investigations. Effondrée, Louise n'a jamais voulu revenir à Aniche. D'ailleurs, on pense que leur maison située sur une grande route proche du village d'Auberchicourt a été détruite par un obus.

 

Je sais qu'Auguste est tombé gravement malade vers 1915. Et le manque de nourriture n'a pas amélioré sa situation. Il s'est mis à délirer avant de plonger dans le silence. Il ne communiquait plus du tout. Et puis, un jour, il a commencé à griffonner frénétiquement avec un crayon, avec la pointe d'un petit couteau, avec des brindilles sur tout ce qu'il trouvait... sur un petit cahier, même sur des vieilles planches de bois, sur la table, sur les murs. Il dessinait partout dans la maison. S'il n'était pas très doué dans la représentation, ses sujets étaient expressifs de ses angoisses.

 

Mes aïeux ont fui Aniche avec une seule valise dans laquelle Louise avait placé cinq ou six dessins de son mari. Il ne m'en reste que deux que j'ai photographiés pour vous. Je ne sais s'ils vous seront utiles. Ils sont étranges mais peut-être que vous saurez les interpréter.

 

Ce témoignage reste sans écho, ni rebondissement. Une histoire tombée aux oubliettes. Une vie extraordinaire sans parade à une époque où l'ordinaire n'était que de façade. L'homme de Senlis s'en est allé, après deux ou trois canons et sans manger. Il est parti d'un pas lent et certain, les yeux rivés vers le ciel.

 

MG à Serge Ottaviani - 17 janvier 2018.

Dessin incisé illustrant probablement la légende du loup d'Auberchicourt. Non daté.

Dessin incisé illustrant probablement la légende du loup d'Auberchicourt. Non daté.

Sans titre, technique non connue. Probablement vers 1917.

Sans titre, technique non connue. Probablement vers 1917.

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