Philippe Richard, peintures (1)
Sous une apparente
simplicité de formes et de couleurs, les peintures de Philippe Richard (né en 1962) entendent remettre en cause la définition du tableau de chevalet, héritage de Maurice Denis que le célèbre
critique d'art américain Clement Greenberg lui emprunta pour justifier "la planéité et la délimitation de la planéité" du support entoilé1.
Contrairement à la tradition picturale qui veut que la représentation se détache du fond, les formes géométriques, biomorphiques ou serpentines chez Philippe Richard ne résultent pas d'un tracé
délibéré sur une surface préalablement établie. Elles se constituent par accumulation de peinture, par superposition de couches de couleurs, par repentirs dans le choix des coloris. Le
temps impose sa marque et donne ainsi naissance à des strates tantôt opaques, tantôt translucides. Ce que nous prenons au premier coup d'oeil pour forme, n'est en fait que la résurgence du fond.
Ce fond sans cesse retravaillé, remontant progressivement à la surface du tableau, s'étend bientôt aux limites imposées par le châssis. Son déploiement latéral génère de plus en plus d'espace et
tend visuellement à faire déborder les motifs décoratifs du plan bidimensionnel. Dès lors, on comprend que Philippe Richard ait exploité les possibilités de la tridimensionnalité. Cependant, les
volumes peints suscitent une nouvelle controverse : véritables obstacles à la déambulation du spectateur, ces "boîtes" nous invitent à une relecture de la définition de la sculpture.
1. "Il paraît établi que l'essence irréductible de la peinture se ramène à deux dimensions constitutives ou normes : la planéité et la
délimitation de la planéité. La simple présence de ces deux traits suffit à créer un objet qui peut être appréhendé comme tableau. Une toile tendue sur châssis ou clouée est déjà un tableau
réussi." Clement Greenberg, After Abstract Expressionnism, in Art international, octobre 1962, p. 30.
MG 1998. Plaquette d'exposition Philippe Richard, peintures, du 28 mars au 07 mai 1998, galerie Le Carré, Lille.

Blog de Philippe Richard : philipperichardblog.blogspot.com
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