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ABSCON-ESCAUDAIN : mémoire du terril de Saint-Mark

Publié le par MG

La fosse Saint-Mark vers 1960. Le puits n°2 est à gauche, le puits n°1 à droite, et le terril n°149 à l'arrière-plan.

La fosse Saint-Mark vers 1960. Le puits n°2 est à gauche, le puits n°1 à droite, et le terril n°149 à l'arrière-plan.

Un certain Furmanowski a un jour livré dans la presse régionale ses souvenirs du terril de Saint-Mark, élément emblématique du paysage minier local et témoin de plusieurs générations de mineurs.

Aux limites d’Abscon furent successivement mises en exploitation par la Compagnie des mines d’Anzin la fosse Saint-Mark n° 1 en 1830, la fosse Saint-Mark n° 2 en 1887, ainsi que la fosse Jennings, ouverte à proximité et exploitée de 1837 à 1861. L’implantation de ces différents sièges d’extraction transforma profondément le territoire. Une voie de communication, connue sous le nom de route Jennings, relia alors le quartier Saint-Mark d’Escaudain à la commune d’Abscon.

Au fil des décennies, les déblais extraits des profondeurs de la mine s’accumulèrent progressivement, donnant naissance à ce qui allait devenir le terril de Saint-Mark. Peu à peu, cette immense colline artificielle s’imposa dans le paysage et devint l’une des caractéristiques les plus familières de l’environnement local.

Vers 1945 ou 1946, un important glissement de terrain affecta le terril. Une masse considérable de schistes et de résidus miniers envahit la route Jennings, interrompant toute circulation vers Escaudain et isolant durablement le quartier.

Les habitants furent alors contraints de passer par Abscon. Cette situation eut même des conséquences sur certains aspects de la vie quotidienne. Lors des convois funéraires, le passage à niveau situé près de la gare des mines faisait office de véritable « frontière » entre les communes. La police y attendait les corbillards afin de percevoir un droit de passage. Face à cette contrainte, de nombreux habitants du quartier choisirent désormais de faire inhumer leurs proches à Abscon.

Interrogé sur ce que pouvait ressentir un mineur en voyant disparaître les symboles de son travail, M. Furmanowski avait répondu avec émotion : « Il y a des moments où j’y pense encore. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est de voir le chevalet abattu. J’y ai laissé, comme mon père et mes frères, une partie de ma santé. »

Ses souvenirs remontaient également à l’enfance, à une époque où le terril était encore en pleine croissance : « Je l’ai vu monter. J’y ai joué quand j’étais enfant. On allait y ramasser des gaillettes que l’on revendait à Homeline pour gagner un peu d’argent de poche : cinquante centimes pour cinquante kilos. »

Mais le regard qu’il portait sur l’actualité était déjà empreint de nostalgie. Les engins mécaniques avaient entrepris l’exploitation du terril, réduisant peu à peu ce monument du passé minier. « Aujourd’hui, les monstres mécaniques détruisent ce témoin d’un passé de labeur. Le terril a déjà perdu près de la moitié de son volume et continue d’être exploité pour fournir des matériaux destinés notamment à l’aménagement et à l’amélioration des routes. »

En 1969, les deux puits profonds chacun de plus de 850 mètres étaient remblayés et les installations détruites. Le terril n°149, pourtant haut de 96 mètres, a été totalement exploité : il est désormais considéré comme disparu.

À travers ce témoignage, c’est toute la mémoire d’un territoire façonné par l’industrie charbonnière qui ressurgissait : celle des mineurs, de leurs familles, de leurs sacrifices et d’un paysage qui, bien que transformé, demeure profondément marqué par son héritage minier.

Texte : MG - 13 juin 2026.

Du "terri" au "terril" : histoire d'un mot minier.

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