ABSCON : là où fleurit la mémoire
Le cimetière où reposent mes grands-parents fait aujourd’hui l’objet de débats sur les réseaux sociaux en raison de la présence de la Valériane rouge, dont les floraisons ponctuent certains secteurs du site de touches éclatantes de couleur.
Pour certains, cette plante est le signe d’un manque d’entretien, d’une forme d’abandon ou d’une progression excessive de la végétation. D’autres y voient simplement l’expression d’une nature qui reprend sa place dans un espace où la pierre et le vivant coexistent. Il convient de rappeler que la Valériane rouge est une plante nectarifère, appréciée des pollinisateurs, surtout des abeilles.
Certains reprochent également à la municipalité un manque de respect envers les défunts. Pourtant, l’entretien des sépultures relève avant tout des familles. La commune n’assure celui de certaines tombes que dans des situations particulières, notamment lorsqu’elle s’y est engagée à la suite d’une donation, de dispositions testamentaires ou d’une procédure de reprise de concession.
Le cimetière d'Abscon - Photos : 5 juin 2026.
Dans ce cimetière, la Valériane rouge se développe principalement sur les tombes délaissées. Cette plante vivace, favorable à la biodiversité, apparaît par ailleurs moins problématique que de nombreuses espèces réellement invasives. Bien qu’elle se ressème facilement et puisse devenir abondante, elle demeure généralement plus simple à maîtriser que le lierre ou que la Renouée du Japon.
Il est vrai que la Valériane rouge peut rapidement occuper l’espace. Mais ses floraisons ne contribuent-elles pas aussi à adoucir la minéralité du lieu, à marquer le rythme des saisons et à participer à son identité paysagère ?
Ce débat révèle plus largement notre rapport à la nature dans les espaces funéraires. Beaucoup restent attachés à une conception très minérale et parfaitement maîtrisée du cimetière, tandis que d’autres acceptent davantage la présence spontanée du vivant. Dans le même temps, les fleurs artificielles continuent d’occuper une place importante sur de nombreuses tombes, alors qu’elles se dégradent sous l’effet du soleil, de la pluie et du vent, génèrent des déchets ou finissent par être jetées. Cette opposition interroge notre tendance à privilégier des formes de décoration durables en apparence, mais artificielles, au détriment d’éléments naturels, éphémères et pourtant bien vivants.
Texte et photos : MG - 5 juin 2026.