ABSCON : le coron du Village
Au cœur du village, un coron a longtemps constitué un symbole de l’épopée industrielle ayant profondément transformé la commune au XIXᵉ siècle. Son histoire est liée à celle des mines de charbon, de la sucrerie et de l’essor démographique.
Remontons au 21 mai 1822 avec l’ouverture de la fosse de la Pensée. Cet événement marque un tournant dans l’histoire locale. En quelques années, le paysage rural d’Abscon se métamorphose : les champs laissent progressivement place aux installations industrielles et aux premiers alignements de maisons ouvrières tracés selon des lignes rectilignes caractéristiques des corons. De nombreux ouvriers arrivent alors d’Anzin, de Fresnes-sur-Escaut, de Beuvrages ou encore de Belgique pour participer à l’exploitation du charbon. Parmi ces pionniers figurent notamment les familles Joly, Petiot, Maréchal, Pansigny, Défassiaux, Célisse, Lefort, Stiévenard, Lorent, Jacquart, Berte et Jarot.
L’activité minière se poursuit avec l’ouverture de la fosse Saint-Mark en 1830 puis de la fosse Casimir-Périer en 1856. La présence de la houille, de la chaux et de la Grande Route favorise l’implantation d’une sucrerie dès 1833. Mines, sucrerie, brasseries et moulins assurent alors la prospérité économique d’Abscon.
Pour loger cette population ouvrière en constante augmentation – + 275 % de 1830 à 1881 ! -, des ensembles d’habitations voient le jour. Le coron de la Pensée est construit en 1825, suivi du coron de la Sucrerie en 1835. Vers 1845-1848 apparaît le coron du Village. Il sera rejoint par le hameau des Lillois en 1847, la cité des Alouettes entre 1866 et 1923, le coron de la République en 1875 puis la cité du Chaufour en 1918.
Ancienne carte postale non datée. Derrière le Monument aux morts, on aperçoit une partie du coron du Village.
Situé au centre d’Abscon, à proximité de la mairie (1886), le coron du Village accueille les familles des mineurs travaillant à la fosse de la Pensée puis aux fosses Saint-Mark. Comme dans l’ensemble du bassin minier, les maisons de briques sont bâties selon un plan régulier, formant des rangées rectilignes agrémentées de jardins à l’arrière.
Mais en 1950, la fosse de la Pensée cesse son activité. En 1963, la sucrerie Delloye ferme ses portes tandis que l’exploitation de Saint-Mark s’achève à la fin de l’année 1968. En mars 1970, les bâtiments de la sucrerie sont démolis ainsi que les installations de la fosse Casimir-Périer.
Dans ce contexte de désindustrialisation, certaines maisons minières, devenues vétustes, ne répondent plus aux besoins d’une commune en pleine mutation. La municipalité engage alors des discussions avec les Houillères afin de moderniser le centre-bourg. Ces négociations aboutissent à l’acquisition des dix premières maisons du coron du Village.
Leur démolition au début du mois de septembre 1970 transforme profondément le quartier. En quelques jours, une partie de ce patrimoine ouvrier disparaît afin de permettre l’agrandissement de la place publique et la construction d’équipements modernes. Les familles concernées sont relogées dans d’autres cités minières et la commune s’engage à les indemniser. L’opération libère un espace de 450 m² destiné à accueillir un nouveau bureau de poste et à réorganiser le centre du village.
Le 28 octobre 1973 est inauguré le nouveau bureau de poste – le précédent avait été créé en 1890 ! Cette transformation se poursuit avec l’ouverture du nouveau centre administratif en janvier 1989 puis avec l’aménagement de la place des Acacias, inaugurée le 16 juillet 1994.
Aujourd’hui, si le coron du Village n’est plus, son souvenir demeure encore ancré dans la mémoire de certaines personnes.
Texte : MG - 23 juin 2026.
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