ABSCON : une enclave flamande longtemps soumise à un régime fiscal particulier
Abscon, ancienne place Victor-Hugo vers 1905. Carte postale ancienne colorisée par intelligence artificielle.
Dépendance de l'abbaye de Marchiennes dès la fin du XIIᵉ siècle, Abscon appartenait au comté de Flandre tout en étant entièrement entouré par les terres du Hainaut et de l'Ostrevant. Cette situation géographique singulière lui conféra pendant plusieurs siècles un statut administratif et fiscal exceptionnel.
Dès le XIVᵉ siècle, bien que relevant de la Flandre wallonne, le village fut rattaché, pour les affaires civiles et judiciaires, à la châtellenie de Bouchain. Cette dualité explique de nombreuses particularités de son histoire.
En 1340, au début de la guerre de Cent Ans, Abscon subit les conséquences des rivalités entre les royaumes de France et d'Angleterre et les principautés voisines. Le chroniqueur Jehan Froissart (1337-1410) rapporte que les troupes de Douai incendièrent une partie du village, avant que la garnison de Bouchain ne détruise le reste en représailles.
En raison de son appartenance à la Flandre tout en étant enclavé dans un territoire soumis à une autre autorité, Abscon devint progressivement un point de contrôle fiscal. Des agents du comte de Flandre y percevaient les droits sur les marchandises traversant cette frontière fiscale intérieure. Tabac, eau-de-vie, grains, sel et diverses denrées étaient soumis à ces taxes.
Lorsque le comté de Flandre passa sous la domination des ducs de Bourgogne en 1384, puis des Habsbourg d'Espagne à partir de la fin du XVe siècle, ce système fut maintenu. Après la conquête française de la région, la monarchie conserva à son tour cette organisation en l'adaptant à son administration fiscale. Plusieurs receveurs et commis des Fermes du Roi exercèrent leurs fonctions à Abscon durant les XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
Marc Cachera, « Abscon : enclave flamande, fut longtemps en octroi » in bulletin municipal d’Abscon, années 1990.
Par une convention du 16 mai 1769, Abscon fut définitivement réuni à la châtellenie de Bouchain pour simplifier l'administration royale. Le village participa alors à l'octroi destiné notamment à financer l'entretien de la chaussée reliant Mastaing à Marchiennes.
Malgré cette réforme, le bureau des contributions indirectes continua d'exister. Héritier de l'ancien poste de perception flamand, il demeura en activité jusque dans les premières décennies du XXᵉ siècle, rappelant durablement le caractère frontalier et singulier d'Abscon.
Texte : MG - 1er juillet 2026.
/image%2F0990986%2F20260702%2Fob_b97a05_c0b6f177-6a51-4d6a-b600-7ef952f4d356.png)
/image%2F0990986%2F20260702%2Fob_9a1176_capture-d-ecran-2026-07-01-202229.png)