DOUAI : un millier de manifestants contre la « vie chère »
Samedi 17 octobre, quelque 800 000 personnes ont défilé ou se sont mobilisées partout en France contre la « vie chère ». À Douai, elles étaient un millier. Pour une ville que l'on dit volontiers endormie, ce n’est pas rien.
Rendez-vous place d'Armes, à 14 h. Le cortège s'est ébranlé sans se presser, porté par les slogans, les chants et les pancartes faites maison. On y retrouvait des Gilets jaunes de la première heure, qui n'ont rien oublié ni rien lâché. Des jeunes de la Gen Z, parfois trop jeunes pour voter quand les premiers ronds-points se sont couverts de gilets, et qui n'ont aucune envie qu'on décide à leur place. Des militants de la CGT et de la France Insoumise du Douaisis, du Cambrésis et de Courcelles-lès-Lens. Des travailleurs et des retraités. Trois générations de colère, qui ne se connaissaient pas toutes, mais qui avançaient du même pas, dans le même sens.
Les revendications ne manquaient pas. D'abord le pouvoir d'achat : se nourrir, se chauffer, se déplacer, payer son loyer. Tout augmente, sauf les salaires, et ce sont toujours les mêmes qui serrent la ceinture, pendant que d'autres encaissent des dividendes. Autour de ce noyau, le ras-le-bol visait la Macronie, les dérives du capitalisme, les autoritarismes, les violences policières et la montée de l'extrême droite. Pour beaucoup dans le cortège, il ne s'agit pas d'une liste de griefs mais d'un seul et même système : une façon de gouverner qui méprise ceux qui la subissent et qui, faute de leur répondre, laisse prospérer ceux qui leur mentent.
Douai - Photos : MG - 17 octobre 2026.
Par moments, la manifestation a pris des airs de jeu du chat et de la souris avec les forces de l'ordre. Les plus jeunes y ont mêlé leurs battles d'aura, ces joutes où l'on gagne en restant impassible, une façon de tenir tête sans répondre à la provocation. Des blocages ont été menés à plusieurs ronds-points, rappelant d'où vient ce mouvement et ce qu'il sait faire. Pourtant, il n'y a eu aucune violence dans la Cité de Gayant.
La date convoquait aussi l'histoire. Le 17 octobre 1961, à Paris, la police française réprimait dans le sang une manifestation pacifique d'Algériens organisée par la fédération de France du FLN, en pleine guerre d'indépendance algérienne. Pendant des décennies, ce massacre a été minimisé. Qu'on en reparle aujourd'hui, c'est refuser que l'oubli serve d'alibi aux violences policières. C'est le sens d'une formule entendue dans la journée : la France est en train de réécrire son histoire, en y remettant ce qu'on s'était efforcé d'effacer.
Un temps fort, « Free Palestine », a également rythmé le défilé. Il a rappelé que la lutte pour la dignité ne s'arrête pas aux frontières et que la solidarité ne se choisit pas à la carte. Pour beaucoup de manifestants, la France porte une part de responsabilité dans le génocide en cours à Gaza, et se taire reviendrait à y consentir.
Reste la suite. Un samedi ne renverse pas une politique, et personne n'était dupe. Mais celui-ci a envoyé un signal que le pouvoir aura du mal à ignorer. À Douai, des gens ont marché pour ne pas être oubliés. Ils ont été vus, ils ont été entendus, au moins de celles et ceux qui les croisaient. À présent, il faut tenir la rue, et faire en sorte que ce premier pas ne reste pas le dernier.
Texte et photos : MG - 17 octobre 2026.