HASNON : un sanctuaire syncrétique pour nouer les maladies
En bordure de la route départementale 40 qui mène à Saint-Amand-les-Eaux et non loin de plusieurs cours d’eau, se trouve un arbre à loques et une chapelle abritant une sculpture du Christ affligé. Echarpes, foulards, T-shirts, nuisettes, bodies, caleçons, bas, chaussettes : ces chiffons multicolores ou délavés noués aux branches d’un charme révèlent la persistance d’une pratique votive qui remonte presque à la nuit des temps.
On retrouve, en effet, cette dendrolâtrie chez les Celtes, les Germains et les Scandinaves qui croyaient en la force et à la résistance des arbres face aux caprices météorologiques. Dans notre région, le culte de l’arbre et de la forêt associé aux légendes locales va progressivement ancrer la tradition du « nouage des fièvres » pour se débarrasser de maladies en les transmettant aux arbres. Le chiffon accroché ou lié et laissé par le souffrant représente à la fois le mal et l’espoir. Des rituels sont alors pratiqués pour obtenir la délivrance du corps altéré.
A partir des IVe et Ve siècles, l’Église va chercher à convertir les hommages païens adressés au Génie de l’arbre en prières dirigées vers Dieu. Ainsi, place-t-elle près des arbres sacrés une représentation d’un saint, de la Vierge ou de Jésus-Christ abritée dans une chapelle. L’arbre joue alors un rôle d’intercesseur auprès de Dieu. Désormais, on réalise un nombre de tours autour de l’arbre ou de la chapelle, on allume un cierge et on prie le saint invoqué ou, comme c’est le cas à Hasnon, le Bon Dieu de pitié.
Ce culte local nous est d’abord décrit près d’un crucifix placé dans un petit oratoire blanc au milieu des bois. A la fin du XIXe siècle, on attachait une jarretière aux branches des arbres qui l’entouraient pour guérir de la fièvre. Le vendredi saint, les mères y emmenaient leur enfant né dans l’année pour qu’il marchât plus vite. Le 14 septembre 1952, on inaugure le petit édifice triangulaire que l’on connaît abritant le Bon Dieu Giblot. A cette date, il se situait sur la drève Vicoigne qui reliait le village à l’abbaye de Raismes à travers la forêt. Mais avec l’aménagement de l’A23 Lille-Valenciennes, cette chapelle et l’arbre sont déplacés en février 1980.
Le nom « Giblot » ou « Giblou » proviendrait de Gembloux, petite ville belge située prés de Namur. On y vénérerait, dans l’église Saint-Guibert (1779), la statue d’un Christ flagellé appelé le « vieux bon Dieu ». Cette sculpture se mit à saigner lorsqu’on voulut la déplacer et les guérisons miraculeuses qu’elle provoquait entraînèrent rapidement la propagation du culte et de l’expression « être comme l’bon dieu d’Giblot », autrement dit regarder d’un air affligé. On dit aussi que « ressembler au bon Dieu de Giblou » signifie être mal habillé en référence à la tradition des habitants de Gembloux d’emmailloter la statue de l’Enfant Jésus de chiffons.
Aujourd’hui, les deux arbres à loques - un charme et un conifère - entourant la chapelle du Bon Dieu Giblot entretenue par le foyer Jeanne d’Arc du village montrent l’importance de ce site de dévotion à la fois païenne et chrétienne. La croyance veut que les loques suspendues qui se détachent d’elles-mêmes sont signe de guérison. C’est pourquoi on ne retire jamais un linge attaché pour lier le sien !
Texte et photos : MG - 14 février 2026.